Ma salle de bain zéro déchet : par où j'ai vraiment commencé (et ce que j'aurais aimé savoir)
Le jour où j'ai décidé de passer ma salle de bain au zéro déchet, j'ai fait l'inventaire de ce qui traînait sous mon évier. Résultat : quatorze flacons en plastique, dont trois entamés depuis plus d'un an, et une collection impressionnante d'échantillons d'hôtel que je n'utiliserais jamais. J'ai réalisé que le problème n'était pas le plastique en soi, mais le fait que je n'avais aucune idée de ce que je consommais réellement.
Trois ans plus tard, ma salle de bain tient tous ses produits dans une boîte à chaussures. Et non, je ne vis pas dans une yourte sans eau courante. Voici comment j'ai fait, ce qui a fonctionné, et surtout ce qui a échoué.
Points clés à retenir
- L'erreur n°1 : vouloir tout remplacer du jour au lendemain. J'ai jeté l'équivalent de 40 € de produits encore pleins par pure idéologie.
- Les produits solides (shampoing, savon, dentifrice) représentent 90 % des déchets évités dans ma routine, pour un coût annuel inférieur de 30 % à mes anciens achats.
- La conservation des produits solides en voyage est LE problème que personne n'aborde. La boîte à savon en aluminium est votre meilleure amie.
- Composter les vieux produits demande plus de recherche que prévu, mais les brosses à dents en bambou se recyclent mieux que ce qu'on croit.
- Le zéro déchet en zone rurale, c'est possible, mais il faut accepter de commander en ligne par lots de six mois.
- Vous n'avez pas besoin de fabriquer votre propre dentifrice. Vraiment pas. J'ai testé, je vous explique pourquoi c'était une mauvaise idée.
L'état des lieux : pourquoi j'ai d'abord vidé ma salle de bain
Avant de remplacer quoi que ce soit, j'ai tout sorti. Chaque flacon, chaque tube, chaque pot. Je les ai posés sur le plan de travail et je les ai comptés. Quatorze contenants en plastique, huit en verre, et trois tubes métalliques dont je n'aurais pas su dire le contenu sans lire l'étiquette.
Cette étape est essentielle parce qu'elle change votre regard. Le jour où vous achetez un shampoing solide, vous ne vous débarrassez pas d'un flacon, vous supprimez un besoin de contenant. C'est une différence subtile mais qui transforme toute votre approche.
J'ai ensuite trié en trois catégories : ce que j'allais finir (la plupart des produits entamés), ce que je pouvais donner (les produits quasi neufs dont la texture ne me convenait pas), et ce qui partait à la poubelle. Cette dernière catégorie était la plus petite, mais elle m'a appris quelque chose d'important : j'avais acheté au moins 25 € de produits dont je ne me suis jamais servi. Le gaspillage ne commence pas à la poubelle, il commence au moment de l'achat.
Combien de déchets une salle de bain produit-elle vraiment ?
Je n'ai pas de chiffre officiel à vous donner, mais après avoir pesé mes poubelles pendant deux mois (oui, je l'ai fait), voici ce que j'ai constaté : une salle de bain standard génère en moyenne un à deux kilos de déchets plastiques par an, uniquement pour les contenants. Si vous ajoutez les cotons, les cotons-tiges, les lingettes et les emballages secondaires, on arrive facilement à trois à quatre kilos. Cela peut sembler peu, mais multiplié par le nombre de foyers, l'impact est énorme.
Le vrai problème n'est pas le poids, c'est la diversité : chaque produit a son emballage, chaque emballage a sa forme, et chaque forme a son recyclage spécifique. C'est cette complexité qui décourage le tri et qui explique pourquoi tant de flacons finissent au mauvais endroit.
Remplacer progressivement ou tout changer ? Mon erreur et ma correction
J'ai commencé par vouloir tout changer en une semaine. Résultat : j'ai acheté un shampoing solide, un savon de rasage, un déodorant solide, un dentifrice en pastilles, une brosse à dents en bambou, du fil dentaire en soie, et des cotons lavables. Le tout pour environ 80 €. Et j'ai jeté les anciens produits, encore pleins, dans un accès de zèle idéologique.
Franchement, c'était stupide. J'aurais dû finir mes produits avant de les remplacer. Non seulement j'ai gaspillé de l'argent, mais j'ai aussi envoyé à la poubelle des produits qui allaient finir dans un incinérateur. Le zéro déchet ne commence pas par jeter, il commence par finir.
Ma correction a été simple : j'ai établi une liste de remplacement. Chaque fois qu'un produit se terminait, je le remplaçais par son alternative durable. Cette méthode a pris quatre mois, mais elle a fonctionné sans frustration. Et elle m'a permis de tester chaque alternative l'une après l'autre, plutôt que de tout découvrir en même temps.
L'ordre de remplacement que je recommande
Tout ne se vaut pas. Voici l'ordre qui m'a semblé le plus logique après trois ans de tests :
- Les cotons démaquillants réutilisables — le premier achat, car le coût est faible et l'adoption immédiate. Une vingtaine de cotons en bambou lavables suffisent pour une personne.
- Le shampoing solide — un produit, un seul bloc, zéro flacon. Il faut tester plusieurs marques car la composition varie énormément (adapté aux cheveux gras, secs, bouclés).
- Le savon solide — pour le corps, mais aussi pour le rasage. Un pain de savon de rasage dure en moyenne six mois, contre trois bombes de mousse à raser.
- La brosse à dents en bambou — simple, mais attention aux poils : certains modèles utilisent encore du nylon, d'autres proposent du poil de sanglier ou des fibres végétales.
- Le déodorant solide — c'est le plus difficile à adopter car la formule change l'odeur et la sensation. Il vous faudra peut-être deux ou trois essais avant de trouver le bon.
Le dentifrice et le fil dentaire viennent en dernier, car ce sont les plus techniques. J'y reviens plus bas.
Les produits solides : ce qui fonctionne vraiment, et ce qui m'a déçu
J'ai testé des dizaines de produits solides en trois ans. Voici mon bilan honnête, sans langue de bois.
Le shampoing solide : la réussite inattendue
Quand j'ai commencé, j'étais persuadée que le shampoing solide allait laisser mes cheveux ternes et poisseux. J'avais tort. Le problème n'est pas le format, c'est la composition. Un bon shampoing solide contient des tensioactifs doux et des huiles végétales, et il fait mousser aussi bien qu'un shampoing liquide.
Le vrai changement, c'est le temps d'adaptation. Mes cheveux ont mis trois semaines à se réguler, période pendant laquelle ils étaient plus gras que d'habitude. C'est normal : le cuir chevelu doit se rééquilibrer après des années de silicones et de sulfates agressifs. Si vous tenez le coup, le résultat vaut le détour : des cheveux plus souples, moins de démangeaisons, et une quantité de déchets réduite à néant.
Un bloc de shampoing solide me dure en moyenne trois mois en usage quotidien. C'est comparable à un flacon de 250 ml de shampoing liquide, pour un coût similaire. L'avantage, c'est que je peux le transporter sans contrainte et qu'il ne fuit jamais dans mon sac de sport.
Le dentifrice maison : le piège que j'aurais dû éviter
J'ai voulu fabriquer mon propre dentifrice avec de l'argile, de la noix de coco et quelques gouttes d'huile essentielle de menthe. Résultat : une pâte grumeleuse au goût désagréable, qui ne moussait pas du tout. J'ai tenu deux semaines avant de revenir aux pastilles de dentifrice du commerce.
Mon erreur était de croire que la fabrication maison était automatiquement meilleure. Le dentifrice est un produit de santé : il doit contenir du fluor pour prévenir les caries, et cette molécule n'est pas facile à doser soi-même. Les pastilles de dentifrice solides du commerce, elles, contiennent souvent du fluor et sont formulées par des professionnels. Le zéro déchet ne doit pas se faire au détriment de votre santé dentaire.
Mon conseil : achetez des pastilles ou des comprimés de dentifrice en vrac, avec du fluor, et vérifiez la composition. Évitez les marques qui remplacent le fluor par des "ingrédients naturels" sans preuve d'efficacité. Vous pouvez aussi utiliser un dentifrice classique en tube recyclable, c'est toujours mieux que rien.
Ce que j'ai fait des anciens produits : recyclage, don, compost
La transition implique de se débarrasser de ce qui ne sera plus utilisé. Et c'est là que beaucoup de gens s'arrêtent, parce qu'ils ne savent pas quoi faire des produits entamés ou des flacons vides.
Voici ce que j'ai appris :
- Les flacons en plastique (shampoing, gel douche, lotion) se recyclent, mais seulement s'ils sont bien vidés et rincés. Un flacon avec du produit restant contamine tout le lot de recyclage.
- Les tubes de dentifrice sont recyclables dans certaines déchetteries, mais pas partout. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de l'éco-organisme local.
- Les produits cosmétiques non utilisés peuvent être donnés à des associations qui les redistribuent, à condition qu'ils soient scellés et non périmés.
- Les capsules de café (si vous en utilisez) vont dans des points de collecte spécifiques, pas dans le bac jaune.
J'ai fait don de trois produits quasi neufs à une association locale qui collecte des produits d'hygiène pour les personnes en précarité. C'était mieux que de les jeter, mais cela reste un symptôme du problème : j'avais acheté trop, sans réfléchir à l'usage réel.
Les alternatives spécifiques que j'ai testées (et évaluées)
Les protections menstruelles réutilisables
C'est l'alternative qui m'a fait le plus économiser. Avant, je dépensais environ 15 € par mois en protections jetables. Avec une coupe menstruelle à 30 € (qui dure plusieurs années), je suis passée à zéro. Les culottes menstruelles sont une option complémentaire, mais plus chères à l'achat (entre 20 et 35 € pièce).
Le vrai bénéfice n'est pas seulement économique : c'est le confort. Une coupe se pose en moins de cinq minutes, se vide deux fois par jour, et vous oubliez que vous la portez. Il y a une courbe d'apprentissage, mais elle vaut la peine.
Le rasage : de la mousse en bombe au savon et au rasoir de sûreté
J'ai remplacé mon rasoir jetable par un rasoir de sûreté en inox. Les lames de rechange coûtent quelques centimes pièce et durent plusieurs semaines. Le savon de rasage en pain, lui, a duré six mois. Le tout représente un investissement initial de 40 €, amorti en moins d'un an.
Le passage du rasoir jetable au rasoir de sûreté demande un peu de pratique : on ne presse pas, on laisse le poids de l'outil faire le travail. J'ai eu quelques coupures les premières semaines (rien de grave, mais suffisamment pour apprendre), et maintenant je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.
Les contraintes que personne n'aborde : voyage et conservation
Le zéro déchet en salle de bain, c'est facile chez soi. En voyage, c'est une autre histoire. Le shampoing solide se ramollit dans une boîte en plastique mal fermée, le déodorant solide fond dans la valise s'il fait chaud, et les pastilles de dentifrice se transforment en poudre si on les écrase. J'ai appris à mes dépens que la boîte à savon en aluminium est un investissement indispensable : elle coûte entre 8 et 12 €, mais elle évite des catastrophes logistiques.
Autre contrainte : la conservation. Les produits solides se conservent mieux que les liquides car ils contiennent peu d'eau, mais ils peuvent quand même rancir. Un shampoing solide se garde un an à température ambiante, un savon artisanal peut durer deux ans. Ne stockez pas des mois d'approvisionnement : achetez ce dont vous avez besoin, et privilégiez les formulations simples avec des conservateurs naturels (comme la vitamine E).
Le cas particulier de la zone rurale : acheter en ligne est la solution
Si vous vivez en ville, les magasins de vrac et les boutiques zéro déchet existent. Si vous vivez à la campagne, le choix est plus limité. J'ai vécu dans une commune rurale pendant deux ans, et la solution a été simple : commander en ligne par lots de trois à six mois.
Les frais de port sont amortis sur la quantité, et les produits solides se conservent bien. Je commandais mes shampoings, savons, déodorants et pastilles de dentifrice auprès de deux ou trois marques fiables, et je complétais avec ce que je trouvais localement (savons d'Alep au marché, huile de coco en pot en verre). L'important est de trouver des marques cohérentes avec vos valeurs, qui ne suremballent pas leurs envois.
Le coût annuel de ma salle de bain zéro déchet est d'environ 70 €, contre environ 100 € avant la transition. L'économie est réelle, mais elle n'est pas spectaculaire. Le vrai gain, c'est la réduction des déchets et le fait de savoir exactement ce que je mets sur ma peau.
Ce que j'aurais aimé savoir avant de commencer
Si je devais recommencer, je ferais trois choses différemment. D'abord, j'aurais fini tous mes produits avant d'en acheter de nouveaux, et j'aurais donné ceux que je ne voulais plus. Ensuite, j'aurais testé les produits solides un par un, plutôt que d'acheter un kit complet dont la moitié ne me convenait pas. Enfin, j'aurais accepté d'emblée que le zéro déchet est un processus, pas une destination : il y aura toujours un produit que vous ne pouvez pas remplacer, un emballage que vous ne pouvez pas éviter, un compromis que vous devez faire.
La question que je me pose maintenant n'est plus "comment jeter moins", mais "comment acheter mieux". Et c'est une question que je vous laisse. Car c'est elle qui transforme une salle de bain, et peut-être un peu plus si on y prend goût.